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"Je ne crois pas en Dieu, mais je meurs comme si je croyais en lui." (François de Curel) Pensez-vous que les religions existent pour guérir l'homme de la peur de mourir?


      La religion semble avoir un caractère universel et intemporel: puisque dans toutes les sociétés de toutes les époques de l'homme civilisé, on rencontre les traces de la religion, elle est indissolublement liée à notre espèce. Les mortels révèrent les dieux qu'ils imaginent sous toutes les formes: cela peut être le Dieu monothéique, omniscient et omnipotent, les dieux, parmi lesquels chacun est responsable d'un ou de plusieurs phénomènes (Jupiter qui fait tonner le ciel, Neptune qui, énervé, engloutit les flottes entières, etc.), mais aussi les idoles de toutes sortes et même les pierres, fleuves, arbres et animaux. Autour de ces divinités se créent des systèmes religieux qui, eux aussi, sont innombrables. Bien qu'ils diffèrent les uns des autres, parfois extrêmement, on les appelle de la même manière. Qu'est-ce donc la religion? Le dictionnaire explique ce terme polysémique ainsi: l' "ensemble d'actes rituels liés à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destinés à mettre l'âme humaine en rapport avec Dieu", la "reconnaissance par l'être humain d'un pouvoir ou d'un principe supérieur de qui dépend sa destinée et à qui obéissance et respect sont dus; attitude intellectuelle et morale qui résulte de cette croyance, en conformité avec un modèle social, et qui peut constituer une règle de vie". Et pourtant, lorsqu'on ne ressent pas du tout ce pouvoir, ce principe supérieur, pourquoi la plupart des êtres humains y croit? Est-ce par la crainte de mourir, de l'inexistence, du nirvana? Est-ce que François de Curel, en disant "Je ne crois pas en Dieu, mais je meurs comme si je croyais en lui." a exprimé ce que nous n'osons pas prononcer? Est-ce que les religions existent pour guérir l'homme de la peur de mourir?
      En observant la réalité qui nous entoure, en contemplant les comportements des hommes, on arrive à la triste constatation que la vie des individus d'aujourd'hui est privée de tout mysticisme - tant religieux que philosophique. Actuellement, pour mener une vie idéale, imaginée, rêvée, telle (par exemple) que les média nous présentent (ou imposent), il faut être beau, avoir fait une carrière éblouissante (c'est-à-dire gagner "abominablement" beaucoup d'argent), se porter à la "trendy" - les fringues à la mode et en même temps originales, penser, écouter, lire et regarder ce qu'il faut, et ne pas oser, tout en restant le "libre penseur", d'être trop indépendant, différent. On court, on achète, on vend. La religion? On la manifeste avec ostentation ou on la méprend et s'en moque. Dans des églises les fidèles n'écoutent pas trop la lecture de la Sainte Ecriture, s'ennuient, bâillent, pensent à ce qu'il faut acheter en revenant de l'église, dans le supermarché le plus proche. Après le signe de la paix, on maudit et insulte dans la pensée le voisin qui a osé acheter une voiture plus chère que la nôtre. Pourtant, quand le mal arrive, on se réfère à la force supérieure, on scelle le pacte avec Dieu en demandant son aide et en promettant en retour de se corriger. Quand le mal arrive, on appelle Dieu et lance, souvent inconsciemment, des interjections: "Dieu! Ah, mon Dieu! Pour l'amour de Dieu! Grand Dieu! Dieu du ciel!". Quand le mal arrive, nous, reposés sur le lit de mort, on prie, se confesse, on se laisse administrer l'extrême-onction et on meurt dévoués à Dieu, tout en espérant la vie éternelle, le paradis, craignant le vide, la fin définitive.
      La vie d'Oscar Wilde, du poète, dramaturge et prosateur anglais, constitue l'exemple le plus célèbre de la conversion sur le lit de mort. Ses œuvres provoquaient autant que sa vie. Pourquoi a-t-il embrassé le catholicisme avant de sa mort? Bien sûr, il a emmené ce secret avec lui, mais ne serait-il pas impossible qu'il l'ait fait de crainte de mourir, de ce qu'il y a dans l'au-delà?
      Il suffit de lire la mythologie ou les premiers vers de l'Ancien Testament, pour se persuader que les religions donnaient des explications de l'inexplicable. "Au début c'était le chaos", "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.", "Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.": la religion nous fournit les éclaircissements qui aidaient nos ancêtres à comprendre les origines du monde et de l'homme, les phénomènes naturels mystérieux, et... ce qui se passe après la mort. Ces justifications non seulement apaisaient les gens, mais aussi offraient un sens à leur vie. Aujourd'hui, grâce à la science, il semble qu'on comprend la nature: on sait que les êtres vivants évoluaient depuis des milliards d'années jusqu'à la forme qu'ils ont actuellement, et n'ont pas été créés une fois pour toutes, que le tonnerre est dû aux phénomènes électriques de l'atmosphère, et non plus à la colère de Jupiter. Pourtant, la science n'est pas, et probablement ne sera jamais capable d'expliquer définitivement le mystère de la mort. Si la biologie connaît des mécanismes qui règnent dans les cellules, elle ne peut pas répondre à la question de savoir s'il n'y a plus rien après la mort ou si, quand même, il vaut s'attendre à la vie d'outre-tombe. Et c'est ici que la religion nous "offre son service" et propose la réponse qui calme et restitue le sens de la vie.
      Le grand scientifique du XVIIème siècle, Blaise Pascal, a proposé le célèbre "pari de Pascal" par lequel il essaie de convaincre les incroyants qu'en pariant pour l'existence de Dieu ils n'ont rien à perdre, mais tout à gagner. Puisque le pari n'a rien à voir avec la vie terrestre, en concernant la vie après la mort, il peut constituer le médicament qui nous guérira de la peur de mourir, si, bien sûr, on a choisit la croyance.
      Quand on commence à considérer la mort comme la fin de toute existence, la vie se présente comme privée de sens et tout ce qu'on fait ne mène à aucun but. Pour quoi apprendre, travailler, amasser des richesses, pour quoi aimer, pour quoi faire, si l'on n'emporte aucune de ces choses avec nous dans la bière où nos corps putréfieront dans l'oubli éternel. Pour quoi respecter les lois qui nous bornent, obéir à la conscience, avoir des remords: le manque du sens nous prive de la responsabilité, nous rend libre, permet de tout, mais... pour quoi faire... puisqu'il n'y a rien. Dans ce cas, la mort serait effroyable car elle ne laisserait pas d'espoir, on tenterait de l'éviter à tout prix. Avec la religion et la conviction de la vie de l'au-delà, la réalité devient supportable, on aperçoit le sens et le but - le paradis, la réincarnation avec son perfectionnement continu et sa conscience unique, le rencontre dans les autres mondes avec ceux qui s'en sont allés toujours trop tôt et qu'on a tellement aimés. L'espoir nous rend plus forts que la mort.
      L'évêque de P³ock, Stanis³aw Wielgus, en commentant le livre de Jean-Paul II "Przekroczyæ próg nadziei" ("Passer le seuil de l'espoir") a exprimé la même opinion et dit: "Dieu constitue le sens du monde. Toute production scientifique ou artistique perd son sens quand elle est détachée de Dieu. Sans la référence à la transcendance elle ne veut rien dire. Née de l'absurde, elle ne fait naître que l'absurde".
      Très souvent, on identifie la religion avec la croyance en Dieu et la croyance en Dieu avec la religion. Pourtant, il y a des gens qui n'étant pas religieux, croient en Dieu, et il y en a qui sont religieux sans croire. On parle dans ce cas des religions athées ou des systèmes philosophiques. Tel est le bouddhisme. Selon certains, ce n'est pas la religion mais un système philosophique, mais, en réalité, il faut le traiter comme la religion athée car dans le système philosophique la religion résulte de la philosophie, par contre, dans le bouddhisme, c'est la philosophie qui est issue de la religion. Ce qui est intéressant, c'est l'attitude du bouddhisme envers la mort. Les bouddhistes, bien qu'ils ne trouvent pas de place pour Dieu, croient à la vie après la mort, et plus précisément è la réincarnation, la suite des incarnations qui ont son but - l'atteinte de la sagesse et de la connaissance parfaites. Ce modèle, aussi optimiste que ceux qui prévoient le paradis pour les mortels, attribue le sens à la vie de ses adeptes grâce à quoi, les bouddhistes non seulement ne craignent pas de mourir, mais ils méditent sur la mort qui constitue pour eux le pas suivant dans le développement personnel.
      Les bouddhistes croient, que Bouddha n'est pas mort; ils disent qu'il est passé en état de nirvana, c'est-à-dire, après des années de recherches de la pratique la plus appropriée aux possibilités d'atteindre cet état (qui duraient la moitié de sa vie), l'ayant trouvée, il médite et bientôt parvient à la compréhension et la connaissance absolues. Grâce à cela, il a évité le cycle des réincarnations et a atteint directement le nirvana, devenant l'exemple pour tous ces successeurs, tous les adeptes du bouddhisme, qui, d'ores et déjà, veulent suivre son chemin. On n'y mentionne pas la mort.
      Pourtant, est-ce vraiment le rôle unique de la religion, de guérir l'homme de la peur de mourir? Est-ce que les systèmes de croyances, les institutions religieuses, les livres saints, les médias de caractère religieux, est-ce que tout cela est issu de la crainte de mourir?
      Malheureusement, comme j'ai constaté juste au début, la vie d'un être moyen d'aujourd'hui (aujourd'hui n'est pas ici le terme de comparaison avec les autres époques, mais le commentaire sur le monde tel qu'il est maintenant) est assez pauvre spirituellement. La naïveté laissée de côté, on aperçoit que la religion et la croyance peuvent faciliter non seulement à franchir les seuils du paradis, mais aussi à vivre la vie temporelle. Quel pouvoir possède l'homme qui mène une armée de fidèles! Quelle possibilité pour les gourous des sectes de devenir riches et puissants! Car dans la vie au-dessous du ciel, avoir le pouvoir et de l'argent, c'est avoir tout.
      Il y a dans un lointain pays au bord de la Vistule un réseau médiatique, plus ou moins populaire (cela dépend du public), constitué d'une station de radio et d'un canal de télévision qui se prétendent les médias religieux. Pourtant, on peut se demander quel est le vrai but des émissions, au cours desquelles, à côté d'une suite de prières, on nous sert chaque quart d'heure une litanie de comptes bancaires.
      S'éloignant de cette vision pessimiste, et revenant à un certain idéalisme, on constate que le rôle de la religion ne se limite pas au remède contre la peur de mourir, et qu'au contraire, ses fonctions sont nombreuses. Tout d'abord, le besoin humain de collectivité, communauté, ensuite la sécurité des opinions universelles, c'est-à-dire partagées par cette communauté, des opinions conformes. La religion constitue les modèles de comportement, propose des archétypes d'attitudes, enfin, nous souffle ce qui est bon et ce qui est abominable, incorrect, provoque la réflexion sur ce qu'on fait, éveille les remords, et, grâce à tout cela, "stabilise" nos comportements en introduisant les règles et les normes. Son rôle en cette matière peut être plus grand que celui de la loi qui, quoiqu'elle introduise certaines conventions dont la violation est punie, ne mentionne pas les conséquences morales de tel ou tel fait.
      Le rôle de soudure de la religion, qui lie la société, était très bien visible dans les longues années de l'indépendance, de l'occupation, et encore du communisme que la Pologne a subites. Les historiens soulignent le grand rôle de la religion pendant l'inexistence du pays qui durait 123 ans. Malgré la longue russification et germanisation, les Polonais n'ont pas perdu leur identité nationale, leur langue, leurs traditions, en grande partie grâce à la religion. On retrouvait dans des églises le besoin naturel de communauté d'une nation sans pays. On le voit aussi sur l'exemple des Juifs dont la culture est très vieille et dure depuis des siècles, bien qu'Israël, en tant que pays, a apparu sur les cartes du monde récemment.
      La religion sans doute aide à supporter la peur de mourir. Bien que pendant toute la vie la grande partie des gens ne soit pas trop religieux, dans des situations pénibles, et sur le lit de mort, elle présente Dieu. On a recours à la religion en face de la mort, parce que depuis toujours, les religions expliquent l'inexplicable. Dans la situation où l'on croit que la mort finit tout existence, la vie perd son sens, c'est pourquoi on "préfère" croire en Dieu, ce qui nous "garantit" la vie éternelle. Les religions donnent des explications concernant la mort, même si elle sont athées, comme le bouddhisme. Par contre, on ne peut pas considérer la religion comme quelque chose dont le rôle n'est que d'apaiser notre crainte de mourir. La religion joue indubitablement plusieurs rôles, parfois bons, parfois plus terrestres.
      Sans aucun doute, la religion est un moyen qui peut éloigner de nous, à un certain point, la peur de mourir. Pourtant, ce n'est pas son rôle unique. La religion est un phénomène très compliqué qui ne peut pas être vu unilatéralement, et restera l'objet inépuisable de recherches pour des philosophes, sociologues et théologiens.

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