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Est-il raisonnable d'aimer?
L'amour a beaucoup de visages. Il est possible d'aimer tout: Dieu, la patrie, les membres de la famille,
toute la société, les animaux, ses hobbys, l'alimentation... ou uniquement une seule personne. Mais le
sentiment qui éveille le plus d'émotions, qui a toujours inspiré les artistes (et les gens ordinaires qui,
sous son influence, ont devenu des artistes!), est celui éprouvé envers une personne, d'habitude de sexe
opposé. Ce type d'amour est définit comme l' « Inclination envers une personne, le plus souvent
à caractère passionnel, fondée sur l'instinct sexuel mais entraînant des comportements variés
» (Le Petit Robert), et c'est sous cet angle qu'on essayera de répondre à la question de départ.
« Mon cher, ma chère, ma chérie, mon amour, mon soleil », et ainsi de suite –
ad mortem defecatam, jusqu'à l'infini, les amoureux échangent infatigablement, d'une oreille à
l'autre, les tendresses douces. Evidemment, aimer, cela fait plaisir. Avoir toujours une personne de son
côté, un appui, se réjouir de nombreux moments passés ensemble, se rappeler les jours heureux et malheureux
– le « pour le bon et pour le pire »... Ça tire les larmes... Essuyons-les vite, car,
hélas, il y en a qui sont prêts à nous convaincre que l'amour n'est qu'une illusion. Ils le
restreignent à la fascination, l'attrait, l'instinct animal ou de survie, le procédé habile créé
par la Mère Nature assurant la durée des êtres vivants. Pis encore, peut-on être jamais
sûr de l'amour de l'autre personne, même si elle le prouve fervemment? Ou plutôt, on est
toujours seul au monde, et l'on forme les couples seulement parce qu'on cherche à ne pas admettre
une telle possibilité. Où se trouve la vérité donc? Tellement sages et intelligents, quant à
l'amour ne sommes-nous vraiment que des aveugles irrationnels? Enfin, est-il raisonnable d'aimer?
L'homme, à seule condition qu'il ne soit pas suicidaire, n'a pas d'autre possibilité que de parcourir
sa vie, et qu'elle ne soit pas trop facile et idyllique, ne constitue pas un secret (seuls les enfants,
heureux créatures, ne le savent pas). Mais il ne manque pas non plus de moment heureux dans la vie. Le
bonheur personnel est, bien sûr, une question individuelle, mais on a habitude à croire, il
semble que raisonnablement, que l'existence paraît plus simple, commode et doux, quand on la traverse avec
un être aimé de son côté.
L'homme possédant sa deuxième moitié peut se sentir sans doute plus en sécurité qu'en vivant «
en solo ». Non seulement il a un ami à qui il fait confiance, à qui il peut (au moins
théoriquement) tout dire, tout demander – donc un grand appui spirituel – mais aussi, puisqu'il
se sent accepté entièrement par l'autre personne, son sentiment de valeur personnelle lui garantira
la tranquillité et l'impression de sécurité.
Ainsi, l'amour permet de surpasser les moments difficiles. Les conflits entre les familles – le motif
fréquent dans la littérature – ont été souvent résolus grâce à la force de l'amour qui a lié
les plus jeunes membres de ces-ci. Tel était le cas du couple le plus célèbre au monde – de
Roméo et Julie, mais aussi de Klara et Wac³aw, héros de la comédie d'Aleksander Fredro « Zemsta
» (« La vengeance »). Par leur affection, les amoureux étaient aussi capables de supporter
la séparation: 20 ans attendait la belle Pénélope Ulysse. Son cœur n'a jamais ressenti des doutes et
bien qu'une centaine de prétendants occupaient sa maison, elle n'a pas pu nier son amour.
Indubitablement, l'homme, l'être social, ne peut pas se passer de l'autre homme. Malheureusement,
la philosophie des existentialistes, très attristante, nous révèle la réalité accablante.
En fait, elle fait enterrer tous les idéaux de l'homme. Il n'y a pas ni de Dieu, ni de fraternité, ni
d'amour. On est seul au monde et notre existence n'a aucun sens, tout ce qu'on fait n'a aucune importance,
ne sert à rien. Elle semble privée de but. Bien sûr, cette philosophie ne doit pas refléter
la réalité. Quelque soit la vérité, il paraît que seul l'amour, indépendamment de ce qu'on pense sur elle,
est capable de montrer à l'homme le but de son être.
La littérature romantique était pleine d'œuvres dont l'affabulation constitue l'exemple de cette
affirmation. Le héros éponyme des « Souffrances du jeune Werther », de Johann Wolfgang von
Goethe, est passionné par le sentiment qu'il éprouve envers Lotte. Elle constitue le sens unique de son
existence; puisqu'il ne peut pas satisfaire son amour, ni se débarrasser de sa passion, il décide de
raccourcir sa vie. Le but de son destin n'a pas pu être atteint.
Selon d'autres théoriciens de la vie, c'est le bonheur qui est le but de l'homme. Entre les vérités vraies
mais souvent opposées, on peut choisir celles qui harmonisent le mieux avec notre bonheur, à
condition que cette décision ne vise pas contre un autre individu. Dans l'introduction même j'ai
souligné l'influence importante de l'amour sur notre bonheur. Parmi les facteurs qui déterminent les
condition de la vie heureuse, l'amour se trouve décidément à la tête. On peut être
pauvre ou malade, mais quand même heureux. L'amour plus qu'autre chose, que ce soient l'argent,
la carrière, le succès, assure l'existence dont on est satisfait.
Hermann Hesse, le lauréat du Prix Nobel de littérature, dans « Klein et Wagner » constate:
« Le bonheur, ce n'est pas d'être aimé. Chaque être humain a de l'amour pour
lui-même, et pourtant, ils sont des milliers à vivre une existence de damnée. Non,
être aimé ne donne pas le bonheur. Mais aimer, ça c'est le bonheur! ».
Est-il donc sûr et certain que l'amour n'apporte dans la vie que des avantages et garantit le
bonheur? Ou, plutôt, cela n'est pas toujours vrai et, pour être objectif, il ne faudrait pas
considérer l'amour comme une panacée à tous les maux qu'on doit affronter, et même, est-il
possible que ce sentiment sublime ne provoque jamais aucune douleur à celui qui en est épris?
N'est-il pas vrai que, dans la littérature, la production cinématographique, ou dans les chansons, les
artistes nous racontent plutôt des histoires de l'amour malheureux que ne nous soûlent des relations
idylliques?
Quelle que soit notre confiance en l'autre, peut-on être jamais convaincu à cent pour cent
que notre amour ressent le sentiment parallèle? Quelle certitude, assurance on possède que
notre bien-aimé(e) est entièrement sincère, dévoué, et ainsi de suite? On connaît bien des
histoires des trahisons, ou (mais c'est le problème qui sera développé plus loin) d'un tel
aveuglement du côte d'une des personnes qui ne permet pas de voir quelle est la réalité. Et pourquoi
croire qu'un tel accident ne nous rencontrera pas?
Pour illustrer cet argument j'ai recours à l'exemple tiré de la réalité. Il y a quelques semaines,
mon cousin m'a appris qu'un de ses amis, que j'ai d'ailleurs eu l'occasion de rencontrer, s'était séparé
de sa copine. Ils se rencontraient depuis 4 ans, tout allait bien jusqu'à ce qu'elle ait constaté
qu'elle ne s'imaginait pas de passer la vie avec un seul partenaire, car c'était son premier. Quoique je
ne puisse pas juger sa décision (faute de données et d'objectivité), il m'arriverait plutôt difficilement
de constater qu'elle l'aimait vraiment.
Une personne amoureuse est d'habitude porteuse d'un certain trait fort caractéristique: quoiqu'elle ne
possède aucun défaut « ophtalmologique », elle semble avoir des problèmes réels
et graves avec la perception du monde. Plus simplement, on dit qu'elle ne voir rien d'autre que l'objet de
son affection. Les observateurs affirment qu'elle perd toute objectivité, toute maîtrise de soi.
Malheureusement, cela peut engendrer des conséquences funestes.
Stanis³aw Wokulski, le héros de « Lalka » (« La poupée ») de Boles³aw Prus,
épris de Izabela, n'aperçoit pas au début que l'objet de son amour le méprend. Heureusement, son
aveuglement n'était pas entier et il s'est rendu compte enfin des sentiment que sa personne éveille
dans Izabela.
Finalement, il faut constater que l'amour est potentiellement très dangereux – les sentiments
qu'il suscite ne doivent pas être nécessairement bons. Le fiasco d'une relation ou l'impossibilité
d'entrer dans la liaison avec la personne dont on est épris, peut mener jusqu'à la tragédie –
on ne connaît pas le psychisme des autres – d'ailleurs, le monde des passions prive l'homme de
contrôle de soi-même.
Jean Racine, le plus grands tragédien classique français, montrait dans ses œuvres le royaume des
passions profondes que l'homme n'était pas capable de maîtriser. Les personnages d' « Andromaque
» ou de « Phèdre » prouvait aussi que parfois, entre l'amour et la haine, la
distance n'est pas grande. Les héros, hors du contrôle, recouraient à la mort et au suicide.
L'amour est devenu le sentiment destructeur.
L'amour est décidément la sensation la plus puissante, la plus belle, mais aussi la plus dangereuse dans
la vie de l'homme. Comme dans la plupart des aspects de la vie humaine, aussi dans l'amour, une certaine
norme est digne de conseiller. Celui qui la dépasse, doit être conscient de la force de ce sentiment
suprême.
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